Plongeurs et maillots

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Les plongeurs de Frédéric Faye, par Olivier Autissier.
Pareils à des piliers, ceux de son inspiration et de sa force, son jardin et la natation sont les serre-livres de son équilibre. Souvent, quand il ne peint pas, quand on ne le trouve pas quelque part les mains dans la terre, Frédéric Faye nage. Les plages du Cotentin ne manquent pas et le comblent. Mais l’hiver, c’est à la piscine qu’il puise dans l’eau son énergie et le repos. Il aime la discipline que lui impose la natation, seuls moments où il n’écoute que sa respiration. En nageant, il éloigne ses doutes pour accueillir une réelle liberté, un espace temps propice pour ses pensées. Bien sûr, c’est à la peinture qu’il pense, à celle du jour, de demain . De la piscine est venu son travail sur les plongeurs . Ces corps auraient pu être nus si le besoin de la couleur dans son œuvre ne s’imposait pas systématiquement. Presque automatiquement. Si on regarde l’ensemble des toiles et des papiers de Frédéric Faye, c’est toujours la couleur qui prédomine, supplantée au sujet même, mais jamais à son détriment. Au contraire, il se révèle par elle. Aussi, sur ces plongeurs, reconstitution d’un univers aussi familier que nécessaire, le maillot de bain est apparu comme un besoin. La couleur passait par lui. Au fil des plongeons reproduits, l’objet s’est détaché de son support tout en gardant son sens premier. Frédéric parvient avec ses maillots à la juste équation de sa maturité, de ses désirs et de son travail. A travers eux il peint désormais, sinon enfin, ce qu’il ressent, ce dont il a envie. Ce qu’il est. A tel point qu’il les a multipliés, sur des papiers d’abord avant de les embarquer sur des grands formats. Ils sont devenus, ensemble et néanmoins chacun, unique, une étonnante collection aux couleurs soutenues. Ainsi, près de trois cents maillots de bain alignés ou juxtaposés tapissent l’atelier. Le recul souligne l’évolution, le dessein de la couleur maîtresse quand on ne pourrait plus qu’y voir une géométrie bariolée, celle de triangle insérés dans des carrés. Les maillots de bain de Frédéric surprennent. Ils reflètent aujourd’hui, à l’apogée de son œuvre, l’expression franche d’années de travail et de réflexion. Cet amalgame contrôlé de formes et de couleurs est comme le fruit mûr tant attendu de l’arbre. Au-delà d’une carte de visite, sa photo d’identité.