Portbail. 2008

La quête de la réalité.

Portrait de Frédéric Faye, un peintre de la côte des Isles sélectionné deux années de suite pour la manifestation d’art contemporain Mac 2000 reconnue comme la pépinière de référence de jeunes talents.

Après ces deux dernières expositions à Paris et Caen, Frédéric Faye expose très prochainement à Portbail ses morceaux choisis.
Parce qu’il vit de son travail de peintre, parce que la peinture doit être montrée pour exister, cet accrochage à Portbail, il y pense depuis un an.

Ce lieu d’exposition est extraordinaire. Il me permet de voir mes grands formats dialoguer les uns par rapport aux autres, ce que je ne peux faire dans mon petit atelier de Saint Maurice en Cotentin. Par ailleurs, les chapelles latérales me permettre d’y organiser des thématiques par séries.

Loin du dilettantisme du peintre amateur, à 44 ans Frédéric Faye constate que « les toiles qui marchent » sont souvent celles où il « travaille dans une grande tension« . Le talent inné, le génie ? Pour sa part, il n’y croit pas.

On est pas peintre à 20 ans ! La peinture demande toute une vie. Ce qui m’intéresse, c’est bien cela : me nourrir de la peinture des autres, des regards, de la critique.

Toujours en mouvement, Frédéric Faye arpente les galeries à Paris, où il est possible de voir tout et son contraire. Il cite par exemple le travail de la vidéaste Pipilotti Rist. Si « voir les galeries, c’est aller à la rencontre du vivant« , il puisse aussi inlassablement dans les musées -au Louvre en particulier- de quoi se ressourcer dans l’histoire de l’art.

Je ne peux pas vivre sans mes pairs. Si on sent l’histoire de la peinture dans ma peinture, alors oui : cela me porte.

Peindre comme avec « des ailes de papillon superposées ».

Jusqu’à il y a deux ans environ, Frédéric Faye a travaillé par thématiques. Il y a eu les végétaux (une série d’artichauts), les maillots de bain, les plongeurs en 2000 (un travail qu’il  qualifie lui-même d’un peu « chaotique »), les mains et les pieds, les baignoires (plus de calme, de douceur), et les têtes de moutons plus récemment.
Il en vient à rapporter une histoire d’un lièvre mort, écrasé par une voiture.

Je l’ai pendu par les pattes arrière, en me demandant ce que j’allais faire d’un sujet si ordinaire a priori. J’ai pensé à Dürer ; j’ai pensé à Soutine. Étais-je dans l’histoire de la peinture ? Comment allais-je m’en sortir ?

Alors ce lièvre, il en a fait un dessin, puis deux puis trois ; et d’autres encore jusqu’à l’épuisement du sujet et dans tous les sens du terme.
S’il dit aimer « la spontanéité du travail sur papier », rien ne semble devoir égaler pourtant la peinture sur la toile.

Contrairement aux peintres qui peignent dans l’instant, je reprends mes toiles sur des années. Je peux repeindre dessus, comme un repentir. J’ai besoin d’y revenir, de nourrir ma peinture. Mes toiles peuvent être déjà chargées histoire, de matière. Il y a de la profondeur, des glacis que seule offre la peinture à l’huile.

Frédéric Faye travail avec des jus léger, des couches « comme des voiles, des ailes de papillon superposées ».
Sa gamme chromatique offre des tons rabattus, cassés avec des ruptures de  gris colorés. Inévitablement, il y a une part de hasard contrôlé dans son travail où certaines choses peuvent s’articuler sans un contrôle sur tout. « Et il y a là un plaisir de ne pas savoir où on va ».
Aujourd’hui, Frédéric Faye s’intéresse à la figure humaine. « Je l’intègre dans le paysage ». Cette déclaration pourrait sembler bien banale.
Et pourtant…

Xavier EVENARD

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