L’atelier

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Dans l’atelier d’un peintre par Philippe Le Barillier (Aout 2011)

Photos @  Sabine Barras (https://sabinebarras.com)

Frédéric Faye, l’un des peintres les plus talentueux de la région, travaille loin de ses pairs dans son petit atelier en pleine campagne à Saint Maurice en Cotentin.
Il est assis sur un tabouret bas, devant une table trop petite pour sa palette, elle même pas assez large pour ses pinceaux. Sans cesse, il se lève , corrige une toile située au moins à quatre mètres de lui, le plus loin possible à l’autre bout de ce qu’i lui sert d’atelier. Il a toujours deux ou trois oeuvres en chantier en même temps . Il revient s’asseoir , à l’abri d’un torchon éclaboussé de peinture qui ressemble aujourd’hui à une oeuvre d’art.
Il peint ainsi chaque matin à l’aube, jusqu’au début de l’après midi, quand il a épuisé ses couleurs. Il jette alors au sol les restes de peinture, sur des cartons carrés de trente centimètres de large, désormais gorgés d’huile, qui lui serviront plus tard de fonds riches et rugueux pour de nouveaux tableaux.
Mains torturées de couleurs arc en ciel, têtes d’hommes aux regards égarés, poissons qui semblent fricoter avec la mort, maillots de bain dépareillés qu’il alignera neuf par neuf , le long d’un grand mur blanc , comme l’an dernier au musée de la Morinière à Coutances.

«J’ai cherché partout un local plus grand , mieux éclairé car j’adore la lumière naturelle .
Mon travail serait différent, mais le moindre garage coûte beaucoup trop cher pour quelqu’un dont l’activité principale ne garantit pas des revenus fixes»

Alors, depuis 2006 qu’il s’est installé à Saint Maurice en Cotentin, Frédéric Faye se contente de ce qu’il a , profitant d’un calme olympien pour travailler sans se polluer l’imaginaire au contact de ses pairs parisiens. Il a une baie vitrée qui donne sur un merveilleux jardin. L’horizon est large et multicolore. Il s’alimente de ses voyages. Il se nourrit des toiles de maîtres qu’il décortique sur place, debout dans les musées , avec son crayon au fusain et son incontournable carnet de dessin, noirci de milliers de traits qui s’entrechoquent comme autant d’atomes déboussolés pour donner des mains, des pieds, des visages, venus tout droit de Véronèse, Titien ou Caravage.
Il est capable aussi sur un coup de tête d’aller visiter toutes les galeries importantes de Rome ou de Paris. ses yeux brillent quand il parle de son entretien de quarante secondes avec jean-Pierre Ruel, son modèle en peinture, qu’il est allé saluer récemment à la capitale, lors d’un vernissage. Rien que pour partager une même idée de la peinture, celle qu’on ingère au fond de ses tripes. Ces jours-là, au contact des grands dont il n’ose pas dire qu’il fait partie, Frédéric habite alors le plus grand atelier du monde.